Grand A le mag - 3 : Décembre 2018

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O-Frerot.jpg Olivier Frerot

Le lien entre la population et les experts est-il rompu ?

L’inattendu non maîtrisable est devenu pensable.


Ce sont ces « savoirs de solidarité » qui donnent à une communauté humaine la capacité de développer des façons de vivre ensemble en s’entraidant, pour faire face à l’imprévisible qui menace l’existence même de ses membres.

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Développer les savoirs de solidarité

Pour la civilisation du Progrès fondée sur la puissance technoscientifique, la résilience n'est pas une valeur importante. Car, par la technoscience, les institutions publiques maîtrisent les événements, en les anticipant et en prévoyant leur déroulement, par la modélisation et la puissance des calculs, et par les infrastructures. Telle est la promesse : les experts savent et veillent. La population, en pleine confiance, ne cherche pas à développer des savoirs particuliers et vernaculaires pour faire face aux événements inattendus. Tout simplement parce que les imaginaires ont banni l'inattendu !


Or cet imaginaire a basculé suite notamment aux graves catastrophes dites naturelles, mais qui ont été considérablement aggravées par nos façons de vivre modernes et la forme de nos villes : inondations à la Nouvelle Orléans, tremblement de terre à Kobé, tsunami en Asie, raz-de-marée à Fukushima… L'inattendu non maîtrisable est devenu pensable.


Si la sérendipité est la capacité d'accueillir le hasard heureux, la résilience ne serait-elle pas celle d'accepter le hasard douloureux et de rebondir à partir des catastrophes qui nous bouleversent ? Elle se révèle alors une valeur féconde pour renouer la confiance entre la population et les experts, car elle contribue à construire une culture commune qui inclut l'incertitude structurelle de la vie, l'incomplétude de tout savoir. Il n'y a plus d'un côté les sachants (les experts) et de l'autre, les ignorants (quasiment tout le monde). Les premiers ont (re)pris conscience de leurs limites. Cette humilité permet de renouer les liens avec les habitants qui eux-aussi, ont des savoirs : potentiellement, des savoirs expérimentaux de teneur technique, mais avant tout, des savoirs comportementaux, de ceux qui permettent de survivre à une catastrophe et d'en diminuer ses effets. Des « savoirs de solidarité ».


Ce sont ces « savoirs de solidarité » qui donnent à une communauté humaine la capacité de développer des façons de vivre ensemble en s'entraidant, pour faire face à l'imprévisible qui menace l'existence même de ses membres. La mission-clé des institutions publiques est alors de veiller à l’émergence et à la solidité de ces solidarités, et de faciliter la confiance entre tous, en accueillant un dialogue contradictoire mais pacifié, à l’amont des catastrophes. Les expertises des uns et des autres sont mises en travail collectivement. Il peut apparaître que certains citoyens ont davantage d'expertise en résilience que d'autres, du fait des expériences qu'ils ont enduré. Je veux parler ici des migrants qui ont traversé des épreuves difficiles et qui sont dépositaires de connaissances a priori précieuses pour faire face aux dangers et aux crises.


La possibilité des catastrophes qui menacent nos existences est alors vue paradoxalement comme source de la consolidation collective. La résilience devient le fait de tous, une valeur socle à protéger par nos institutions.


vidéo : entretien avec Olivier Frérot paroles d'Olivier Frérot

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