Grand A le mag - 3 : Décembre 2018

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Vallee-de-lIsere.jpg Vallée de l’Isère : espace de l’eau, espace commun, espace de projets ? © Rossano / IGN
Lit-majeur-de-lIsar-Munich.jpg Lit majeur de l’Isar à Munich, réaménagé pour l’accueil du public © Rossano
Lit-majeur-de-lIsar-Munich2.jpg Lit majeur de l’Isar à Munich, réaménagé pour l’accueil du public © Kuenzel

Ouvrir la gestion des cours d’eau à des domaines qui dépassent les seuls enjeux hydrauliques, pour impliquer tous les champs de conception de la ville et du paysage : mobilité, écologie, économie, habitat, loisirs…

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Le risque naturel, catalyseur de promesses ?

Le risque naturel comme catalyseur de nouvelles solidarités territoriales, de collaborations créatrices et de visions citoyennes positives ?

Notre père, donne-nous notre pain quotidien et de temps en temps une inondation”, aiment à plaisanter les maîtres de digues néerlandais. Non qu’ils craignent pour leur emploi - à l’ère du réchauffement climatique, les Pays-Bas ont plus que jamais besoin d’eux. Ils redoutent un danger plus grand encore que la montée des eaux : l’indifférence. Celle qui s’installe chez les citoyens, qui ne voient dans la gestion des crues que l’affaire de leurs gouvernants ; celle qui s’instille chez les gouvernants après une période de calme hydrologique ; celle qui nous engourdit tous après un grand chantier de renforcement des digues, qui nous laisse croire que nous sommes en sécurité « pour de bon ».


L’indifférence est le talon d’Achille des plaines prospères où les catastrophes naturelles sont aussi rares que dévastatrices.

À Amsterdam comme à Grenoble ou à Strasbourg, ces catastrophes sont si rares qu’on les oublie, et que l’on s’en remet à d’autres pour gérer un risque somme toute abstrait. À la décharge des amnésiques que nous sommes, quelques siècles de “correction” systématique ont largement participé à notre désintérêt pour la vie de nos cours d’eau. En centre-ville, les ponts ont remplacé les bacs et les gués, les quais ont remplacé les grèves ; en dehors, les chemins de halage ont fait place aux routes, et les digues toujours plus hautes ont fait disparaitre les rivières, rendues à la fois invisibles et inaccessibles. N’y mettons pas de nostalgie : nous ne retrouverons pas les chevelus changeants des rivières d’antan, qui prenaient leurs aises à chaque crue. Pas plus que nous ne ferons rentrer les métropoles diffuses d’aujourd’hui dans les habits des cités compactes d’hier.


Nous pouvons cependant ramener l’eau dans le champ du visible, et ainsi ramener la crue dans le champ du prévisible, littéralement : ce que chacun peut imaginer en voyant le cours d’eau fluctuer, monter ou changer de couleur.

Cela suppose d’ouvrir la gestion des cours d’eau à des domaines qui dépassent les seuls enjeux hydrauliques, pour impliquer tous les champs de conception de la ville et du paysage : mobilité, écologie, économie, habitat, loisirs… L’innovation, telle que l’on peut l’admirer avec la transformation des rivières Isar à Munich ou Waal à Nimègue, ne naît pas tant de progrès techniques (somme toute modestes depuis le Moyen-Âge), que du croisement de savoirs et de désirs qui remettent l’eau vivante au cœur de l’espace habité, et associent l’amélioration du cadre de vie à la réduction du risque. Ce croisement peut s’effectuer en créant des noues ou des zones humides en milieu urbain pour “tamponner” les crues, en intégrant aux projets urbains des espaces de culture et de loisirs inondables, en élargissant le réseau cyclable à chaque renforcement de digues, en rouvrant ou en élargissant les cours d’eau…


Un tel changement de cap implique de nouvelles coopérations entre citoyens, gestionnaires et groupes d’intérêts, qui trouvent tout leur sens à l’échelle des métropoles.

Celles-ci, plus adaptées que les municipalités en termes d’échelle et plus proches des citoyens que les départements, ne peuvent que gagner à s’affirmer dans le cadre d’enjeux territoriaux rassembleurs, qui nécessitent des structures à la fois larges et agiles, basées sur la mutualisation, l’hybridation des savoirs et la négociation. C’est à ces conditions que le risque naturel peut devenir un catalyseur de nouvelles solidarités territoriales, de collaborations créatrices et de visions positives mises au service de citoyens actifs et avertis.


paroles de Frédéric Rossanot

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