Grand A le mag - 4 : Décembre 2019

NUMÉROS PRÉCÉDENTS

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Adrien Devos Adrien Devos

1 Français sur 3 ne maîtrise pas les compétences numériques de base (recherche d’information, communication/courriers, utilisation de logiciels et résolution de problèmes/accès au compte bancaire…)

Insee

Parmi les utilisateurs d’Internet, 38 % manquent au moins d'une compétence numérique de base

Insee

Le numérique, outil d’inclusion ? par Claire Namy, Chargé de mission Projets et territoires Projets européens, santé et usages du numérique, Grenoble-Alpes Métropole

À l’heure de la 4G, du tout numérique, du 100 % dématérialisation, des smart cities, des plateformes participatives… Le numérique est plus que jamais d’actualité. On peut accéder à tout, tout le temps. Tout le monde peut participer, communiquer, donner son avis, acheter quels que soient l’heure ou l’endroit. Le numérique est incontournable et facilite la vie, tant personnelle que professionnelle, au quotidien. Oui… à condition d’y avoir accès et de savoir faire…

En effet, suivant une étude récente de l’Insee, « l’illectronisme », terminologie en vogue pour désigner l’illettrisme numérique, concerne 17 % de la population française. Une personne sur quatre ne sait pas s’informer et une sur cinq est incapable de communiquer via Internet. Les personnes les plus âgées, les moins diplômées, aux revenus modestes, celles vivant seules ou en couple sans enfant ou encore résidant dans les DOM sont les plus touchées par le défaut d’équipement comme par le manque de compétences. »1

D’après une étude réalisée par Emmaüs Connect en 2015, 60 000 personnes seraient concernées par la précarité numérique sur les 17 communes centres de la Métropole, dont la moitié serait aussi en situation de précarité sociale.

Mais il serait faux de croire que seules les populations les plus précarisées rencontrent des difficultés. La démultiplication des supports numériques et matériels, le rythme des innovations, l’accélération de la dématérialisation des services sont difficiles à maîtriser par tous. Un diagnostic sur l’accès et les usages du numérique réalisé par Le fil des idées en 2016 pour le compte de Grenoble-Alpes Métropole a montré que la compréhension et la maîtrise de l’e-administration, la maîtrise de son identité numérique, la compréhension et le regard critique des informations, la capacité à contribuer, sont des questions qui se posent régulièrement. De même, si les jeunes sont à l’aise dans l’univers numérique, on constate des usages ludiques restreints qui ne favorisent pas le développement de l’esprit critique, la maîtrise de son identité numérique ou des usages administratifs essentiels à l’insertion. Par ailleurs, sans être non plus une généralité, les conflits entre jeunes via les réseaux sociaux ou la connexion permanente peuvent être facteurs d’exclusion.

L'accompagnement, l’évaluation des compétences, les formations et la multiplication des lieux d’accès accompagnés sont donc indispensables à l'appropriation des usages du numérique par tous. Cet accompagnement implique la formation et la coordination des professionnels sur cette thématique. L’autonomisation des personnes est à rechercher ainsi que l’implication des administrations concernées. La mise en place d’actions qui favorisent le regard critique et la créativité des jeunes, le développement de réseaux d'entraide et d'échange de savoirs, le travail sur la posture éducative, sur la place du numérique dans les initiatives citoyennes existantes en utilisant les outils tels que les fablabs ou médialabs sont à conforter.

Pour cela, la Métropole de Grenoble anime depuis 3 ans un Programme d’actions partenarial sur les usages du numérique pour qu’il soit un véritable outil d’inclusion pour tous. Elle a décidé d’implanter un tiers-lieu numérique – La Machinerie - dans le quartier Politique de la ville Villeneuve-Village olympique de Grenoble où le niveau de vie de ses 14 000 habitants est en-deçà de la moyenne métropolitaine, mais où le tissu associatif et les services publics sont bien développés. Le projet a été retenu dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt « Fabrique numérique de territoire » lancé cet été par le CGET et la Mission société numérique. Avec le concours de plus de 20 autres partenaires (collectivités territoriales, administrations et associations), la Machinerie devrait ouvrir ses portes fin 2020. Des actions, animations ou formations, aussi bien à destination des professionnels que des habitants, seront proposées hors les murs en attendant.

1Insee première, n°1780 octobre 2019



AMI du 11 juillet : 300 Fabriques de territoires en France, dont 150 en quartiers prioritaires

Parmi ces dernières, 30 Fabriques numériques des territoires proposeront un accès aux services et un accompagnement spécifique pour les populations éloignées du numérique. Elles bénéficieront d’une aide supplémentaire de 100 000 euros par tiers-lieu.


Les Fabriques numériques de territoire en quartiers prioritaires de la politique de la ville, sont des tiers-lieux avec un large panel d’activités numériques, allant de l’inclusion numérique à l’entrepreneuriat et l’autonomisation vers une citoyenneté pleine et entière (facilitation de l’accès aux droits sociaux des habitants, médiation numérique et scientifique, service d’accompagnement aux démarches en ligne, fabrication numérique, formation professionnelle, incubation d’entreprises, transition numérique d’activité professionnelle, etc.). https://www.cget.gouv.fr/actualites/lancement-de-l-ami-pour-les-300-fabriques-de-territoires


Pour en savoir plus : https://www.cget.gouv.fr/actualites/lancement-de-l-ami-pour-les-300-fabriques-de-territoires

Annie Steinmetz
Annie Steinmetz
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Métiers du numérique sans les femmes ? Questions à Annie Steinmetz, Responsable Département Performance Services et Processus AG2R La Mondiale

Les femmes semblent être les grandes absentes du numérique. Qu’en est-il exactement ?

Le secteur du numérique peine à attirer les femmes. Elles représentent 33 % des effectifs alors qu’elles sont 53 % dans tous les secteurs d’activité confondus. On les retrouve principalement dans les fonctions support. Ce constat se retrouve dans l’éducation car elles ne sont plus que 15 % en moyenne à s'engager dans des études d'informatique alors qu’elles étaient le double dans les années 1980.

Cette tendance est observée partout dans l’Union Européenne, le manque de femmes dans le digital est un phénomène essentiellement occidental.

Quelles en sont les conséquences ?

Les conséquences sont déjà économiques car ce secteur a de plus en plus de difficultés à recruter en nombre suffisant pour mener les transformations numériques indispensables à sa compétitivité.

Elles sont aussi sociétales car notre société, dont dans laquelle le numérique impacte de plus en plus notre le quotidien de tout un chacun, est actuellement pensée et gouvernée majoritairement par des hommes, ce qui induit le développement d'algorithmes biaisés par le genre.

D’où proviennent les blocages ?

Les femmes sont confrontées à de nombreux obstacles : le manque de modèles féminins, les stéréotypes enracinés, des réseaux plus faibles, les difficultés perçues pour concilier la vie professionnelle et personnelle ainsi que les différences de genres selon le secteur d’activité.

Elles ont aussi tendance à douter de leur capacité à réussir dans des filières plus scientifiques.

Et surtout, l’image du « geek » perdure, ce qui induit une difficulté à se projeter dans des métiers perçus comme masculins.

Comment peut-on agir ?

Il y a plusieurs enjeux : déjouer l’orientation genrée ainsi que les stéréotypes, et développer la mixité dans le numérique.

Il existe différentes étapes-clés pour agir : que ce soit dès la maternelle, lors du stage de 3e, pendant la période d’orientation, dans les études supérieures et ensuite dans le monde professionnel. Les mesures doivent être variées au niveau de l’éducation, du mentorat, de l’accès au financement, de la flexibilité du travail, des quotas et plus globalement de la diffusion d’une culture de l’égalité.

De nombreux acteurs sont mobilisés, comme les associations, les écoles, le monde de l’entreprise, l’Éducation Nationale, la fondation Femmes@Numérique ; et le fait que l’égalité hommes femmes soit déclarée grande cause du quinquennat, est un message fort et porteur.

Il s’agit aussi de combattre les idées préconçues, comme celles qui réduisent le numérique au poste de développeur. Ceci devrait être d’autant plus facile que la satisfaction au travail des femmes dans ces métiers est au plus haut en France par rapport à l’international !

Il est important de mettre en valeur la diversité des métiers existants dans le numérique et le fait que ceux-ci requièrent des compétences variées et pas uniquement techniques. Il y a une profonde transformation des métiers du et par le numérique avec les réseaux sociaux, les technologies du Web, la mobilité, le cloud et l’intelligence artificielle.

Le secteur du numérique offre une réelle attractivité avec une pérennité d’emploi (90 % des postes du secteur sont des CDI) et un niveau de salaire élevé. Il doit s’imposer naturellement dans les propositions de choix d’orientation au même titre que les écoles de commerce, les professions de santé…

Selon France Stratégie et la Dares, entre 170 000 et 212 000 postes seront à pourvoir dans le numérique en France jusqu’en 2022.

Les femmes doivent donc saisir cette opportunité de bénéficier d’un secteur en pleine expansion et de contribuer ainsi à contrer une dérive sexiste dans un enjeu sociétal.

"L’admission de la femme à l'égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation ; elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain et ses chances de bonheurs" (Stendhal, De l'amour, 1822)

Sources : Femmes@Numérique | Social Builder | France Stratégie | Talents du numérique | Global Contact (Gender Scan) | Communauté européenne – Femmes à l’ère numérique – iClaves | L Digital | Isabelle Collet « Les oubliées du numérique  » | OPIIEC (Observatoire Dynamique des Métiers de la Branche du Numérique, de l’Ingénierie, des Études et Conseil de l’Evènement)

Les femmes représentent 33 % des effectifs du numérique alors qu’elles sont 53 % dans tous les secteurs d’activité confondus

Opiiec

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Un hub pour l’Inclusion Numérique en Auvergne-Rhône-Alpes

Pour un numérique inclusif

Aujourd’hui en France, 13 millions de personnes demeurent éloignés du numérique : elles n’utilisent pas ou peu Internet, et se sentent en difficulté avec ses usages. Si 7 sur 10 d’entre elles connaissent au moins un lieu près de chez elles (médiathèques, espaces publics numériques, maisons de services au public…), où peuvent être proposés un accompagnement dans les démarches en ligne et un apprentissage numérique, le recours à ces structures en cas de difficultés est très rare.

Dans le cadre du plan national pour un numérique inclusif de la Mission Société Numérique, quatre structures œuvrant dans l’éducation et la transformation numérique des territoires (Agence Alpine des Territoires, Fréquence écoles , La Ligue de l’Enseignement et Zoomacom) ont souhaité unir leurs forces et savoir-faire pour développer un plan régional pour l’inclusion numérique. Elles ont répondu à l’appel à projet de la Banque des Territoires en faveur de la formation des HUB territoriaux pour un numérique inclusif. C’est ainsi qu’est né HINAURA – Hub pour l’inclusion numérique en Auvergne-Rhône-Alpes.



En tant que tête de réseau de la médiation numérique, HINAURA a vocation à fournir un appui et des outils destinés à renforcer les actions d’inclusion et de médiation numérique. Son déploiement s’orchestre autour de deux axes principaux : l’accompagnement des collectivités et la formation.


Accompagner les collectivités et les acteurs de la médiation numérique


Afin d’outiller, de rendre visibles et accessibles les acteurs de la médiation numérique, il est prévu :

  • Un accompagnement dans la construction et la mise en œuvre de leur stratégie d’inclusion numérique avec :

    • Un kit méthodologique sur ce qu’est et comment se déploie de manière concertée une stratégie locale d’inclusion numérique (à venir)
    • Une offre d’ingénierie pour répondre aux besoins particuliers des collectivités, co-construite avec des consultants et experts ancrés sur le territoire régional
  • La construction d’une cartographie de l’offre de médiation numérique collaborative, avec une plateforme numérique mutualisée de recensement sur le territoire régional et la possibilité de la décliner en fonction des territoires ;

  • La proposition d’espaces physiques et numériques d’échanges, dont par exemple :

    • Un webinaire organisé avec les lauréats de l’appel à projet Pass numérique de l’Agence du numérique et APTIC, pour partager les réflexions et méthodes de déploiement de « chèques culture numérique » dans les territoires
    • Un atelier réunissant une quinzaine de collectivités de la région Auvergne-Rhône-Alpes lors la journée régionale Hinaura du 18 novembre 2019
    • Une newsletter en préparation et d’autres rencontres régionales ou dans les territoires en 2020
  • Le soutien au développement économique des acteurs de la médiation numérique avec plusieurs actions :

    • La mise en place et la diffusion d’une veille collaborative sur les appels à projets, financements publics et privés auxquels les acteurs locaux pourraient prétendre
    • Le prototypage de structures de portage financier pour permettre aux acteurs locaux d’émarger collectivement à des financements
    • Le soutien aux collectivités (et dans un second temps à d’autres acteurs, notamment privés) dans l’achat et le déploiement de pass numérique/APTIC, donc la vocation est de financer les lieux
    • Enfin, l’expérimentation d’un modèle économique autour du déploiement des parcours de formation mentionnés ci-après, par des acteurs locaux

Un plan de formation pour les professionnels de la médiation


HINAURA va mettre en œuvre un plan de formation pour l’ensemble des professionnels intervenant auprès des publics les plus en difficulté dans leurs usages du numérique – travail social, insertion, médiation numérique…– Ces formations se dérouleront en parcours hybride, c’est-à-dire avec des temps en présentiel et des modules à suivre sur une plateforme en ligne. L’ambition est de mêler de l’analyse à la pratique (« comment la transformation numérique de la société impacte le public que je reçois/accompagne ? » - temps en présentiel) et des apports pédagogiques standardisés (« comment aider mon usager à créer et utiliser au quotidien une adresse mail ? » - modules à distance).


Un premier parcours socle de formation hybride (mêlant deux ateliers collaboratifs en présentiel, dans les territoires, entrecoupés de trois semaines de modules en ligne, animés par les mêmes formateurs) est en cours de coproduction avec des médiateurs/formateurs de la région. L’expérimentation de ces parcours se fera à partir de mi-janvier 2020 dans trois territoires : l’Ain, le Puy de Dôme et l’Ardèche-Drôme. Après une évaluation de ces tests, une phase de déploiement plus massive aura lieu au cours du premier semestre 2020.


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